IBM circule dans les locaux de DSIT-E depuis plusieurs jours maintenant. Ils imposent des jours, heures et lieux de réunions sans se préoccuper des contraintes opérationnelles de DSIT. Ils appellent cette phase de cartographie la "Due diligence" , en français "vérification conjointe".
Leur objectif est de faire remplir par les chefs de projet (au sens large) qu'ils convoquent un fichier Excel décrivant de manière extrêmement détaillée l'ensemble des méthodes et savoir-faire utilisés pour la maintenance de notre SI et pour nos projets.

Le contenu du fichier Excel

Chaque ligne du fichier décrit une application ou un projet et contient plusieurs dizaines de colonnes, dont notamment : l'architecture utilisée, les langages de développement, le nombre de bugs recensés et le temps moyen mis pour les résoudre, leurs indicateurs qualité, les nôtres, le nombre moyen d'évolutions demandées, les résultats des comptages en points de fonction, les procédures qualité utilisées...
Plus grave, on y trouve également des données personnelles et confidentielles : noms et prénoms des agents SNCF et des prestataires qui travaillent sur une application, ainsi que les compétences et savoir-faire de ces personnes. Gageons que la SNCF (ou IBM) a pensé à déclarer ce nouveau fichier à la CNIL...

Ce travail de titan est extrêmement chronophage : le SI est composé de plusieurs centaines (milliers ?) d'applications, de plateformes logicielles extrêmement disparates, sans compter les milliers de flux inter-applications. Ce recensement vient perturber dangereusement les travaux quotidiens qui, eux, continuent, avec des clients en face, qui subissent eux-mêmes la pression de leurs commanditaires. Aucune évaluation de la charge et du délai (et donc du coût caché) nécessaires à ce recensement n'a été faite côté IBM.

IBM est en train de piller notre savoir-faire,

notre système qualité, l'ensemble des processus, procédures et outillages que DSIT-E a mis des années à construire, et que nos clients ont financés. Les clients reconnaissent unanimement notre savoir-faire, notre compétence, la qualité des applications livrées, la facilité à les maintenir dans le temps malgré des technologies vieillissantes parfois : accepteront-ils qu'une entreprise "étrangère" profite gratuitement de cette manne qu'ils ont financée ?

NE DONNEZ AUCUNE DE CES INFORMATIONS A IBM !

Ils n'ont normalement pas besoin de toutes ces informations si leur rôle est vraiment de nous assister dans la mise en place des Centres de Services. Car, rappelons le, il s'agit de massifier la commande de main d'œuvre. Il n'y a donc nullement besoin de rentrer dans de tels détails. De plus, à l'heure qu'il est, les contrats avec les SSII doivent être bouclés, ou pas loin.

Puisque l'accord passé avec eux reposait sur leur savoir-faire intrinsèque, leurs méthodes infaillibles, leur capacité éprouvée à intégrer de manière totalement indolore n'importe quel SI, qu'ils se débrouillent seuls.