Les raisons de la colère
Par Anonyme le samedi 27 mars 2010, - Actualités - Lien permanent
Note préliminaire : cet article a été publié ce week-end, mais nous le
remettons en avant aujourd'hui pour expliquer notre mouvement.
Le grand public s'interroge sur notre mouvement. Pour eux, il est normal que la SNCF fasse appel à une société externe car l'étiquette "fonctionnaire" ou "fainéant" qui colle (à tort) aux agents SNCF laisse penser que nous ne savons pas gérer notre informatique.
Pourtant... Si les cheminots seront en grève le 1er avril, c'est parce qu'ils craignent avant tout pour la sécurité et la pérennité de l'informatique de la SNCF.
Bien sûr, avant de lancer ce mouvement, nous avons tenté par tous les moyens d'alerter notre Direction (et le gouvernement, dont le Ministre des Transports) sur les dangers du projet. Jusqu'ici, sans succès. C'est pourquoi, il nous reste le recours à cette grève, pour médiatiser le débat, et l'amener sur la scène publique.
Précisons enfin que traditionnellement les services informatiques ne font pas grève (moins de 5% des effectifs en moyenne), cette journée-ci est donc exceptionnelle, et reflète un réel malaise dans les équipes. Et que cette grève ne devrait pas avoir d'effet néfaste pour le grand public (aucune perturbation de la circulation des trains ou de la vente de billets par exemple).
La SNCF souhaite confier le développement des applications et l'exploitation des serveurs à des sociétés tierces (on parle alors de Centres de Services) pour réduire les coûts. Cela pose déjà des problèmes sur la perte de la connaissance fonctionnelle, mais passons. Le plus grave dans cette histoire, c'est que, sous la pression des coûts, ces Centres de Services vont se retrouver à l'étranger (Inde, Maroc, Roumanie) et provoquer la suppression de plusieurs centaines d'emplois qualifiés en France (précisons au passage qu'il ne s'agit pas des emplois des cheminots dans un premier temps, mais de prestataires informatiques. Et les cheminots se battent pour préserver ces emplois également).
Certes, l'externalisation de l'informatique est une tendance actuelle forte, et de nombreuses entreprises le font. Sauf que, pour la SNCF, il y a un problème éthique : une entreprise publique, financée par des collectivités locales (notamment les régions) ne doit pas participer à la délocalisation d'emplois, même sous prétexte de faire des économies, qui de toutes façons ne seront pas répercutées sur le prix du billet.
En réalité, elle l'a déjà fait avec la facturation du Fret au Maroc en 2008, et l'histoire semble vouloir se répéter en 2010 avec l'informatique... D'où notre combat.
Leur myriade de logiciels tous interdépendants est étudiée pour ça : Lorsqu'un projet démarre, le client pense qu'il n'a besoin que de quelques produits. Diling-Diling, premier passage à la caisse (et quand on connaît les prix des produits IBM, ça fait déjà mal). Quelques mois plus tard, cela ne fonctionne pas, et IBM de rétorquer "Normal, il vous faut aussi prendre ces produits", re-Diling-Diling (toujours aussi mal). Mais pour autant, deux mois plus tard cela ne marche pas, car "il vous faut aussi ceux-là", re-re-Diling-Diling (re-aïe-aïe-aïe). Les retours d'expérience d'autres sociétés telle que CMA-CGM montre à quel point IBM n'est là que pour vendre et non conseiller les projets.
Et les premiers projets qui ont démarré à DSIT peuvent également l'attester. Et cela s'est confirmé lors de la réalisation de prototypes avec eux : il y a eu des non-dits, notamment autour de l'utilisation de certains logiciels.
Finalement, nous ne sommes pas loin de l'affaire de la MAIF : IBM est prêt à tout (même faire des propositions commerciales qu'il sait erronnées) pour rafler le marché et empocher des millions.
L'autre expérience de filiale informatique, c'est bien sûr Voyages-Sncf.com. Une pure merveille d'ergonomie et de technologie qui ne rate jamais une occasion de se faire taper dessus (par la presse ou les internautes) tant la navigation est peu aisée, la commande de billets fastidieuse, sans parler de la sécurité...
Bref, c'est à la mode de cracher sur le public, mais les expériences passées avec le privé ne permettent pas non plus de penser que le partenariat avec IBM sera réellement bénéfique pour la SNCF. Au contraire, nous prenons le pari que dans trois ans, la SNCF cherchera à faire marche arrière, mais ce sera trop tard, l'entreprise sera pieds et poings liés avec les logiciels IBM...
Le grand public s'interroge sur notre mouvement. Pour eux, il est normal que la SNCF fasse appel à une société externe car l'étiquette "fonctionnaire" ou "fainéant" qui colle (à tort) aux agents SNCF laisse penser que nous ne savons pas gérer notre informatique.
Pourtant... Si les cheminots seront en grève le 1er avril, c'est parce qu'ils craignent avant tout pour la sécurité et la pérennité de l'informatique de la SNCF.
Bien sûr, avant de lancer ce mouvement, nous avons tenté par tous les moyens d'alerter notre Direction (et le gouvernement, dont le Ministre des Transports) sur les dangers du projet. Jusqu'ici, sans succès. C'est pourquoi, il nous reste le recours à cette grève, pour médiatiser le débat, et l'amener sur la scène publique.
Précisons enfin que traditionnellement les services informatiques ne font pas grève (moins de 5% des effectifs en moyenne), cette journée-ci est donc exceptionnelle, et reflète un réel malaise dans les équipes. Et que cette grève ne devrait pas avoir d'effet néfaste pour le grand public (aucune perturbation de la circulation des trains ou de la vente de billets par exemple).
La délocalisation d'emplois qualifiés
En préambule, nous rappelons que la SNCF est une entreprise publique dont l'état est actionnaire à 100%. L'état est représenté par le Président de la République, qui a tenu un discours fort contre la délocalisation (c'était lors des Etats Généraux de l'Industrie, le 4 mars dernier). Pour autant, quand il s'agit de notre cas, l'état semble être moins regardant...La SNCF souhaite confier le développement des applications et l'exploitation des serveurs à des sociétés tierces (on parle alors de Centres de Services) pour réduire les coûts. Cela pose déjà des problèmes sur la perte de la connaissance fonctionnelle, mais passons. Le plus grave dans cette histoire, c'est que, sous la pression des coûts, ces Centres de Services vont se retrouver à l'étranger (Inde, Maroc, Roumanie) et provoquer la suppression de plusieurs centaines d'emplois qualifiés en France (précisons au passage qu'il ne s'agit pas des emplois des cheminots dans un premier temps, mais de prestataires informatiques. Et les cheminots se battent pour préserver ces emplois également).
Certes, l'externalisation de l'informatique est une tendance actuelle forte, et de nombreuses entreprises le font. Sauf que, pour la SNCF, il y a un problème éthique : une entreprise publique, financée par des collectivités locales (notamment les régions) ne doit pas participer à la délocalisation d'emplois, même sous prétexte de faire des économies, qui de toutes façons ne seront pas répercutées sur le prix du billet.
En réalité, elle l'a déjà fait avec la facturation du Fret au Maroc en 2008, et l'histoire semble vouloir se répéter en 2010 avec l'informatique... D'où notre combat.
Comprendre le mode opératoire d'IBM
Mais, IBM n'a pas noué un partenariat avec la SNCF pour améliorer quoi que ce soit. Ils sont là uniquement pour gagner de l'argent, et récupérer notre savoir-faire (car IBM a des ambitions au niveau ferroviaire international).Leur myriade de logiciels tous interdépendants est étudiée pour ça : Lorsqu'un projet démarre, le client pense qu'il n'a besoin que de quelques produits. Diling-Diling, premier passage à la caisse (et quand on connaît les prix des produits IBM, ça fait déjà mal). Quelques mois plus tard, cela ne fonctionne pas, et IBM de rétorquer "Normal, il vous faut aussi prendre ces produits", re-Diling-Diling (toujours aussi mal). Mais pour autant, deux mois plus tard cela ne marche pas, car "il vous faut aussi ceux-là", re-re-Diling-Diling (re-aïe-aïe-aïe). Les retours d'expérience d'autres sociétés telle que CMA-CGM montre à quel point IBM n'est là que pour vendre et non conseiller les projets.
Et les premiers projets qui ont démarré à DSIT peuvent également l'attester. Et cela s'est confirmé lors de la réalisation de prototypes avec eux : il y a eu des non-dits, notamment autour de l'utilisation de certains logiciels.
Finalement, nous ne sommes pas loin de l'affaire de la MAIF : IBM est prêt à tout (même faire des propositions commerciales qu'il sait erronnées) pour rafler le marché et empocher des millions.
IBM et la SNCF
Jusqu'ici, voici comment IBM a procédé avec la DSIT (Direction informatique de la SNCF) :- Tirer les prix des Centres de Services vers le (très) bas, pour évincer les concurrents : Moins de 230€/ jour, contre 500€ en moyenne pour des prestations réalisées en France.
- Récupérer la documentation et le savoir-faire, sous prétexte de pouvoir nous apporter des améliorations dans notre organisation (lors de réunion, mais aussi lors de séances de photocopiage illégales)
- Mettre la pression sur les projets, lors des interventions des consultants, en imposant des choix logiciels coûteux, et qui ne fonctionnent pas toujours.
Tenir compte des échecs passés
La Direction de la SNCF a la mémoire courte (normal, avec la valse des dirigeants nous direz-vous). Pourtant quand on parle du projet SOCRATE, tout le monde se souvient des débuts difficiles. Par contre, il faudait aussi se souvenir que c'était une solution proposée par une société américaine et qu'elle était censée amener un produit merveilleux. Le résultat on le connaît : Ce sont les cheminots de l'époque qui ont repris les choses en main pour finir correctement le travail !L'autre expérience de filiale informatique, c'est bien sûr Voyages-Sncf.com. Une pure merveille d'ergonomie et de technologie qui ne rate jamais une occasion de se faire taper dessus (par la presse ou les internautes) tant la navigation est peu aisée, la commande de billets fastidieuse, sans parler de la sécurité...
Bref, c'est à la mode de cracher sur le public, mais les expériences passées avec le privé ne permettent pas non plus de penser que le partenariat avec IBM sera réellement bénéfique pour la SNCF. Au contraire, nous prenons le pari que dans trois ans, la SNCF cherchera à faire marche arrière, mais ce sera trop tard, l'entreprise sera pieds et poings liés avec les logiciels IBM...
Commentaires
Je ne comprends pas comment les usagers ne sont pas plus scandalisés que ca par la sous traitance et la privatisation de la sncf.
Bon courage et sachez que des usagers savent pourquoi vous faites grève!!
Petit exemple : pour le projet OSMOSE les équipes d'intégration ont définies une architecture matériel permettant de répondre à la puisance machine demandée initialement par IBM pour assurer le bon fonctionnement de l'application (puissance revue d'ailleurs régulièrement à la hausse ...). Pour éviter une débauche de moyen et dans le respect des préconisations logicielles, les équipes SNCF ont prévues de mutualiser certains serveurs.
Mais voilà que débarque un architecte IBM mandaté par la coentreprise qui d'une part a travaillé en parrallèle des équipes SNCF (efficacité et confiance ...) et d'autre part impose de nouvelles contraintes et demande d'acheter des machines IBM supplémentaires !
Conflit d'intérêt ??? Mais non, mais non, vous voyez le mal partout ...
Bonjour abcd
Tu parle d'OSMOSE mais parlons de l'ensemble des projets à EM qui se sont embarqués avec les logiciels IBM. Ils sont devenu des tiroirs caisses pour IBM : Un pb pas de soucis, une expertise.. vous voulez que ca marche, pas de soucis une expertise... Dommage qu'à la fin, on n'arrive pas à ce que cela marche. Non seulement on n'est pas certain que ca fonctionne, mais en plus on peut mettre en péril le reste de notre SI (qui n'a pas entendu parler de l'effet Websphere 7 sur notre plateforme d'échange MQ ? c'est tellement compatible que ca marche pas).
On nous parle de partenariat... mais jusqu'à présent notre partenariat c'est soldé pour nous à fournir le tiroir caisse et les connaissances, et pour IBm à fournir la mauvaise foie et les problèmes.
Je peux témoigner et confirmer les dire des collègues d'EM.
On ne veut plus d'IBM. Faisons aussi la grève des IBM : Ils Bossent Mal !et nous coûtent déjà très chers sans compter que demain ils seront dans tous les rouages décisionnels. C'est exactement ce qui est arrivé avec SOCRATE et rappelez-vous le mal qu'on a eu à nous en débarrasser car les américains à l'époque avaient su prendre tous les postes clé de décision. Une seule solution : le moins de coopération possible.
le seul but des boites américaines à toujours été le profit immédiat, quitte à foutre tout le monde dans le merde, que ce soit les fameux fonds de pension ou les accords de style mafieux. Le problème n'est pas que là, car on pourrait refuser certaines choses, mais surtout de l'apathie de nos dirigeants, de tous bords, qui acceptent cet état de fait. Après Socrate et autres, on continue à s'enfoncer sans que personne ne s'en soucie, ou plutôt avec l'accord de la hiérachie et des politiques . Et ce sont toujours les contribuables qui paieront, et les usagers qui tiendront la SNCF (eh oui, j'en reste à LA SNCF - et non à SNCF) comme seule responsable du tout. Pour tous les usagers de LA SNCF, sachez que certains vous défendent, même si certaines actions vous dépassent, par manque d'information que nous subissons aussi.
Pour BEA, ce qui est amusant est que ton diminutif est le même que B.E.A (ex) grosse boite de logiciels aux méthodes identiques à IBM ... mais tu n'y es pour rien :-)
Pour abcd et yi, je partage ...
Pour "M Le Baudy" En tant qu'individu isolé, je ne pense pas qu'un salarié d'IBM travaille plus ou moins mal qu'un agent ou qu'un prestataire sous traitant de la SNCF. Après, globalement, les approches commerciales font que le salarié IBM se retrouve entre le marteau et l'enclume. En tant qu'individu, je le plains. En tant que représentant d'IBM je le condamne.
Pour tous, je ne suis pas favorable aux blocages de sites car aller travailler (ou pas) me semble un droit inaliénable (comme aller voter ... statistiquement la moité des lecteurs de ce site ne l'a pas fait récemment ...). Si toutefois, avec distinction et civilité (et respect de la personne humaine), cela devait permettre aux prestataires de partager le mouvement sans risquer outre mesure de représailles, alors je comprendrais mieux.
Vous diabolisez IBM, mais je pense que vous vous trompez de cible. Le propre de toute entreprise sur un marché est de maximiser ses profits, et IBM a une stratégie commerciale très efficace puisque que basée sur la dépendance et sur l'escalade. Non, les vrais coupables sont les dirigeants de la SNCF, qui ne connaissent rien aux enjeux de l'informatique moderne et qui s'en désintéressent totalement sous prétexte que ce n'est qu'un outil. Or pour une société comme la SNCF, le SI est totalement imbriqué dans son métier, et je suis atterré de constater qu'aucun dirigeant ne s'alarme du fait que la SNCF n'en maitrise qu'une infime partie. Stratégiquement, cela équivaut à scier la branche sur laquelle on est assis.
Néanmoins, pour avoir travailler en tant que prestataire dans un département de la SNCF, j'ai été surpris par le gachis d'un nombre de projets informatiques au nom de considérations politiques ou de manques de compétences. Il y a donc un long chemin à faire...
Une bien belle synthèse à reformater pour rue89 :)
International Business Machine... La machine à business est en route, au détriment de tout et de tous, comme d'habitude. comment les dirigeants d'une société (publique) peuvent-ils être aussi naïfs de penser que toutes les mauvaises expériences d'IBM ne seront pas les leurs également ?
Peut-être est-ce tout simplement parce que certains dirigeants actuels de cette belle société ont des intérêts personnels dans cette JV ? Mais ce n'est qu'une question naïve.
Et comme à l'heure actuelle, chacun préfère passer pour un idiot que d'assumer ses choix, on ne saura bien évidemment jamais la vérité ;-)