Lettre à Guillaume Pepy
Par Anonyme le jeudi 8 avril 2010, - Actualités - Lien permanent
Une semaine après la Journée sans informaticien, n'obtenant pas de réponse de notre direction, nous avons adressé un mail à Guillaume Pepy pour lui expliquer notre point de vue sur le dossier Ulysse. Vous trouverez ci-dessous le texte du mail :
Monsieur
Jeudi 1er avril, les syndicats avaient appelé à une journée d'action baptisée « Journée sans informaticien » pour protester contre la mise en place du projet Ulysse. Les informaticiens (de toutes les Directions) ont répondu massivement à cet appel : Plus de 80% de grévistes à DSIT, plus de 70% à VINSI, 100% des ASTI dans de nombreuses régions. Ces taux sont à comparer avec ceux d'autres grèves nationales passées et qui tournent autour de 5% seulement.
Ce qu'ils ont souhaité exprimer à travers cette journée d'action, c'est une grande inquiétude. Et devant l'absence de réaction de la direction à ce message de détresse, nous (= l'équipe rédactionnelle du blog www.cortis.fr) avons décidé de vous adresser ce mail afin de vous donner tout l'éclairage nécessaire sur ce dossier (nous vous conseillons également la lecture de notre article Les raisons de la colère).
Le manque de communication, première source du malaise
Le premier point qui heurte
les agents, c'est bien sûr le manque de communication. De l'article de la
Tribune en janvier au mutisme total de ces dernières semaines, on ne peut pas
dire que la direction ait cherché à informer son personnel sur le projet.
Où est ce fameux et tant vanté « courage managérial » de nos
dirigeants, pour nous annoncer les tenants et les aboutissants de ce
projet ? Car une fois informés sur leur avenir, chacun pourra alors, en
connaissance de cause, établir un projet.
Le résultat ? C'est que désormais, la confiance est rompue. Et
elle n'est pas rompue seulement entre la base et ses chefs, elle est rompue à
un très haut niveau hiérarchique. Et il faudra plus que quelques effets
d'annonce ou un changement de directeur, pour espérer la
restaurer.
Un projet contraire à nos méthodes de travail
Les informaticiens sont pour
la plupart diplômé dans l'enseignement supérieur. Cela veut dire qu'ils savent
travailler avec une certaine rigueur et appliquer des méthodes de travail
éprouvées et efficaces.
Hors, le projet Ulysse va à l'encontre total de ce que nous faisons
dans notre travail depuis des années. En effet, il semble être bâti
autour de considérations purement financières et économiques, en faisant fi des
règles les plus élémentaires, comme par exemple la gestion des risques.
Pourtant, depuis le début de l'année, de nombreux risques ont été
remontés par la base, mais la direction continue de faire la sourde
oreille.
Ces risques correspondent à des expériences passées, et nous sommes persuadés
que la plupart d'entre eux s'avèreront dans les prochaines années. Qui
en portera alors la responsabilité ?
Nous sommes persuadés qu'en faisant aujourd'hui les bons choix, nous
pouvons les éviter.
Tenir compte des
expériences passées
La SNCF a déjà expérimenté l'aide d'une société américaine dans le domaine
informatique. Cela a donné Socrate, et le
fiasco que l'on sait (même le grand public s'en rappelle
encore), et ce sont les cheminots qui ont finalement sauvé du naufrage ce
projet.
Nous avons également l'exemple d'une filiale qui ne marche pas fort, c'est le
site www.voyages-sncf.com : Décrié
partout, il porte un tort considérable à tous les informaticiens de
l'entreprise (car le grand public assimile bêtement l'informatique SNCF à ce
site de vente en ligne).
Les menaces sur l'emploi
L'autre inquiétude des
cheminots concerne bien entendu l'emploi. Qu'il s'agisse du leur comme celui
des sous-traitants.
Au niveau des cheminots d'abord, nous trouvons pour le moins choquant que
l'entreprise soit capable de s'engager sur une durée de six
ans avec des sociétés informatiques, alors qu'elle n'est pas en mesure
de garantir l'avenir à ses propres agents au delà de trois
ans...
En ce qui concerne les menaces que fait peser l'offshore sur l'emploi des
sous-traitants , il nous est difficile de concevoir qu'une entreprise
publique, qui se déclare en plus
« éco-responsable », puisse ainsi participer
à la délocalisation d'emplois français. Et le prétexte de réaliser des
économies ne tient pas debout : Avec un raisonnement aussi basique, quel avenir
peut-on imaginer pour notre pays ?
Le danger
IBM
Nous ne savons pas comment IBM vous a présenté la chose, sans doute sous un
angle merveilleux. Mais comme Alice, il vous faut comprendre qu'il ne s'agit
que d'un rêve. La réalité est beaucoup plus sombre.
Nous ne voyons pas IBM comme un partenaire, mais plutôt comme un
prédateur qui en veut à notre portefeuille ainsi qu'à notre
connaissance fonctionnelle du domaine ferroviaire.
Si IBM parvient effectivement à assister la SNCF pour faire des économies dans
la mise en place des centres de service, il faudra absolument vérifier
ce qui se passe du côté immergé de l'iceberg : les coûts logiciels, la
dépendance de notre SI aux outils IBM, la perte de notre savoir-faire et de
notre avance technologique sur nos concurrents européens (car IBM saura se
l'approprier et le revendre par la suite)... Déjà sur certains projets
informatiques, IBM a sorti les crocs et la facture (logicielle
et missions d'expertises) s'envole...
Car les conséquences peuvent être lourdes : dans quelques
années, nous aurons un SI totalement dépendant des outils IBM (avec une
incidence notable sur les coûts, et pas dans le sens des économies), et aurons
perdu la connaissance métier au profit d'IBM. Un retour arrière à ce
moment-là sera difficile et très couteux.
Étudions ensemble une solution
La situation actuelle va
dans une impasse. Certes, le projet avec IBM avance, mais sans associer
les agents, il est inutile d'espérer obtenir des économies. En effet,
les cheminots feront de la résistance passive.
Ce que souhaitent les cheminots, c'est d'être associés à la
réflexion. Qu'ils n'aient pas l'impression d'être abandonnés sur le
bord de la route.
Il y a de nombreuses solutions possibles pour atteindre le
seuil des 17% d'économies. Certains de nos dirigeants sont même persuadés que
cela est possible sans offshore.
Nous ne sommes pas opposés à tout le projet, mais celui-ci nécessite des
aménagements :
-
IBM ne doivent plus être juge et partie, et doivent se retirer de l'appel d'offres des Centres de Service
-
L'offshore doit être exclus du dossier au profit d'un « nearshore » national (Centres de Services en Province).
-
Afin de conserver la maîtrise de notre SI, le choix des logiciels doit être libre : si IBM offre la meilleure solution, ils seront retenus, sinon, ce sera une solution concurrente qui sera retenue et ils devront revoir leur copie pour les projets suivants...
Nous espérons que vous aurez pris le temps de lire ce (long) mail jusqu'au bout, et vous invitons à revoir une partie du projet.
Dans un premier temps, peut-être pourrions-nous échanger quelques idées lors d'une bilatérale ?
Dans l'attente de votre réponse
Cordialement
Cortis
www.cortis.fr
Commentaires
Un excellent courrier qui, je l'espère, fera réagir Mr Pepy. Il est impossible aujourd'hui que notre patron n'ait pas eu vent des problèmes que nous rencontrons depuis maintenant plus de trois mois.
Bravo
Chapeau, bravo, ce message est clair, limpide, reprend nos inquiétudes et donne même les solutions.
La direction n'a plus qu'à le reprendre en disant qu'il est issu de leurs réflexions et leur honneur sera sauf, et notre avenir rosira à nouveau.
Cortis, pourras-tu savoir s'il a été lu (pour le cas improbable où tu n'ais pas de réponse) ?
Effectivement, cela n'a pas été précisé, nous avions placé un accusé de réception sur le mail. il ne nous ait pas parvenu. Mais si le mail n'avait pas réussi à passer, ce qui nous étonnerait, ceetains de son entourage l'auront lu ici. Enfin, une version papier est en cours d'envoi (mais sans accusé, bien sûr).
Notez : vous pouvez tout à fait reprendre le texte et envoyer vous aussi des mails et des courriers...
Félicitations, l'équipe Cortis
Un beau résumé du problème posé.
Vous auriez presque pu proposer l'ouverture d'un "vrai" blog (anonyme et moyennement modéré) comme Pepy l'avait inauguré il y a quelques années ... comme possibilité d'échange en alternative à une table ronde ... après tout pour des informaticiens c'est naturel :-)
Bravo pour ce courrier. Je me retrouve totalement dans les propositions apportées qui me semble relever du bon sens...
Bravo et merci Cortis pour cette initiative.
Mais il ne faudrait pas attendre des plombes une réaction hypothétique de notre direction ... qui pendant ce temps continue le projet Ulysse !
Agissons encore au plus vite ! et plus fort !
d'autant qu'il ne faut pas se leurrer : tout est piloté d'en haut, MBY n'est qu'un exécutant qui va s'exécuter.
Je suis d'accord avec mimi, les bases du projet ne vient pas de MBY, il n'est qu'un pion, mais certainement de ses chefs; il n'y a que 2 possibilités: GPY ou DAA...
le mail est une bonne idée mais si GPY est à la base du projet... dommage!
On pourra ainsi juger de son niveau hypocrisie.
Louis Gallois, reviens !
Oui mimi, ce projet vient directement de Guilaume Pepy (en retour du contrat Geodis-IBM, cela ne fait pas de doute), mais nous pensons que ni Michel Baudy, ni David Azema ne prennent le soin de lui remonter notre ressenti (ils doivent même faire tout ce qu'ils peuvent pour minimiser l'affaire, preuve en est l'absence de publication des chiffres de la grève), manque de chance pour eux, notre blog est là et veille au grain...
En lui adressant ce mail directement, nous sommes maintenant assurés que notre président a bien toutes les informations en main et notamment notre ressenti sur les risques du projet... Cela ne l'empêchera sans doute pas de continuer à nous ignorer, mais il ne pourra pas dire qu'il ne savait pas...
Je vous confirme, de source très bien informée, que Guillaume Pépy est bien à l'origine de ce projet qui est une contrepartie à la cession d'IBM Logistics à Geodis. En résumé, Géodis ramasse les profits et la SNCF en subit les contreparties avec IBM... Et on nous assure qu'on veut maintenir la SNCF en tant qu'entreprise intégrée!!!
Il est donc évident que M. Pépy ne reculera pas devant ce projet, ayant lui même fait taire les plus hauts dirigeants de l'entreprise s'opposant dès mars 2009 à ce rapprochement.
Michel Baudy a, pour sa part, suivi sans jamais s'opposer ou tenter d'infléchir la tendance (mais est-ce dans son caractère quand on voit que sous son "mandat" les ACE -ou prestas pour être plus clair- ont grimpés en flèche alors que le nombre de cheminots diminuaient. Tout ça dans l'illégalité puisque nous ne pouvons utiliser de prestataires, excepté des intérimaires dans un cadre bien défini, pour effectuer de la maintenance courante ou toute autre tâche récurrente inhérente au fonctionnement d'une entreprise)
On a l'impression de petits échanges entre amis qui grèvent la SNCF en donnant la part belle aux filiales sans se soucier des risques stratégiques et économiques que cela peut faire encourir à la "maison mère" (mais peut-être est-ce là l'objectif... ou alors suis-je trop machiavélique ^^)
non Baudy s'cours, tu nes pas machiavélique, tu dis ouvertement ce que chacun pense et que certains savent ouvertement.
Je propose d'envoyer la facture à GEODIS et de demander des comptes à Blayau.
Il parait (source non vérifiable) que Pépy s'est montré énervé de la réaction des informaticiens du 1er Avril.
En réunion générale des directeurs il a juste indiqué la nomination d'Albertus et indiqué qu'il avait chargé Azema d'expliquer la démarche mal comprise (j'aurais envie de rigoler mais j'ai déjà mal au ventre).
Plus les messages par ses cercles rapprochés (comex) pourront indiquer des problèmes potentiels, mieux cela sera.
Donc n'hésitez pas à tirer le signal d'alarme (la différence avec un train ... c'est au moins que celui ci s'arrête le temps de vérifier que tout est normal ... l'analogie est symbolique .. non ?).
Au fait, il parait que plusieurs informaticiens ont utilisés les blogs avec les dirigeants cette semaine pour poser des questions sur Ulysse. Bizarrement les modérateurs n'(ont pas retenu ces thèmes ... En espérant au moins que les dirigeants qui sont intervenus auront pu lire les questions censurées ...
9 jours après par de réponses ... il s'en fout ! C'est du mépris ! Il va dire c'est du anonyme et que c'est pour cela la non réponse ...
Mais derrière Cortis.fr Monsieur Pepy c'est la grande majorité des informaticiens qui vous ont montré leurs visages le 1er avril.
Mais c'est terminé les blagues sympa de 1er avril Monsieur Pepy, ma colère comme celle de beaucoup de mes collègues est en train de gonfler toutes les nuits !!!
La colère monte, monte , monte , monte ....