Une semaine après la Journée sans informaticien, n'obtenant pas de réponse de notre direction, nous avons adressé un mail à Guillaume Pepy pour lui expliquer notre point de vue sur le dossier Ulysse. Vous trouverez ci-dessous le texte du mail :

Monsieur

Jeudi 1er avril, les syndicats avaient appelé à une journée d'action baptisée « Journée sans informaticien » pour protester contre la mise en place du projet Ulysse. Les informaticiens (de toutes les Directions) ont répondu massivement à cet appel : Plus de 80% de grévistes à DSIT, plus de 70% à VINSI, 100% des ASTI dans de nombreuses régions. Ces taux sont à comparer avec ceux d'autres grèves nationales passées et qui tournent autour de 5% seulement.

Ce qu'ils ont souhaité exprimer à travers cette journée d'action, c'est une grande inquiétude. Et devant l'absence de réaction de la direction à ce message de détresse, nous (= l'équipe rédactionnelle du blog www.cortis.fr) avons décidé de vous adresser ce mail afin de vous donner tout l'éclairage nécessaire sur ce dossier (nous vous conseillons également la lecture de notre article Les raisons de la colère).

Le manque de communication, première source du malaise

Le premier point qui heurte les agents, c'est bien sûr le manque de communication. De l'article de la Tribune en janvier au mutisme total de ces dernières semaines, on ne peut pas dire que la direction ait cherché à informer son personnel sur le projet.
Où est ce fameux et tant vanté « courage managérial » de nos dirigeants, pour nous annoncer les tenants et les aboutissants de ce projet ? Car une fois informés sur leur avenir, chacun pourra alors, en connaissance de cause, établir un projet.
Le résultat ? C'est que désormais, la confiance est rompue. Et elle n'est pas rompue seulement entre la base et ses chefs, elle est rompue à un très haut niveau hiérarchique. Et il faudra plus que quelques effets d'annonce ou un changement de directeur, pour espérer la restaurer.

Un projet contraire à nos méthodes de travail

Les informaticiens sont pour la plupart diplômé dans l'enseignement supérieur. Cela veut dire qu'ils savent travailler avec une certaine rigueur et appliquer des méthodes de travail éprouvées et efficaces.
Hors, le projet Ulysse va à l'encontre total de ce que nous faisons dans notre travail depuis des années. En effet, il semble être bâti autour de considérations purement financières et économiques, en faisant fi des règles les plus élémentaires, comme par exemple la gestion des risques. Pourtant, depuis le début de l'année, de nombreux risques ont été remontés par la base, mais la direction continue de faire la sourde oreille.
Ces risques correspondent à des expériences passées, et nous sommes persuadés que la plupart d'entre eux s'avèreront dans les prochaines années. Qui en portera alors la responsabilité ?
Nous sommes persuadés qu'en faisant aujourd'hui les bons choix, nous pouvons les éviter.

Tenir compte des expériences passées
La SNCF a déjà expérimenté l'aide d'une société américaine dans le domaine informatique. Cela a donné Socrate, et le fiasco que l'on sait (même le grand public s'en rappelle encore), et ce sont les cheminots qui ont finalement sauvé du naufrage ce projet.
Nous avons également l'exemple d'une filiale qui ne marche pas fort, c'est le site www.voyages-sncf.com : Décrié partout, il porte un tort considérable à tous les informaticiens de l'entreprise (car le grand public assimile bêtement l'informatique SNCF à ce site de vente en ligne).

Les menaces sur l'emploi

L'autre inquiétude des cheminots concerne bien entendu l'emploi. Qu'il s'agisse du leur comme celui des sous-traitants.
Au niveau des cheminots d'abord, nous trouvons pour le moins choquant que l'entreprise soit capable de s'engager sur une durée de six ans avec des sociétés informatiques, alors qu'elle n'est pas en mesure de garantir l'avenir à ses propres agents au delà de trois ans...
En ce qui concerne les menaces que fait peser l'offshore sur l'emploi des sous-traitants , il nous est difficile de concevoir qu'une entreprise publique, qui se déclare en plus « éco-responsable », puisse ainsi participer à la délocalisation d'emplois français. Et le prétexte de réaliser des économies ne tient pas debout : Avec un raisonnement aussi basique, quel avenir peut-on imaginer pour notre pays ?

Le danger IBM
Nous ne savons pas comment IBM vous a présenté la chose, sans doute sous un angle merveilleux. Mais comme Alice, il vous faut comprendre qu'il ne s'agit que d'un rêve. La réalité est beaucoup plus sombre.
Nous ne voyons pas IBM comme un partenaire, mais plutôt comme un prédateur
qui en veut à notre portefeuille ainsi qu'à notre connaissance fonctionnelle du domaine ferroviaire.
Si IBM parvient effectivement à assister la SNCF pour faire des économies dans la mise en place des centres de service, il faudra absolument vérifier ce qui se passe du côté immergé de l'iceberg : les coûts logiciels, la dépendance de notre SI aux outils IBM, la perte de notre savoir-faire et de notre avance technologique sur nos concurrents européens (car IBM saura se l'approprier et le revendre par la suite)... Déjà sur certains projets informatiques, IBM a sorti les crocs et la facture (logicielle et missions d'expertises) s'envole...
Car les conséquences peuvent être lourdes : dans quelques années, nous aurons un SI totalement dépendant des outils IBM (avec une incidence notable sur les coûts, et pas dans le sens des économies), et aurons perdu la connaissance métier au profit d'IBM. Un retour arrière à ce moment-là sera difficile et très couteux.

Étudions ensemble une solution

La situation actuelle va dans une impasse. Certes, le projet avec IBM avance, mais sans associer les agents, il est inutile d'espérer obtenir des économies. En effet, les cheminots feront de la résistance passive.
Ce que souhaitent les cheminots, c'est d'être associés à la réflexion. Qu'ils n'aient pas l'impression d'être abandonnés sur le bord de la route.
Il y a de nombreuses solutions possibles pour atteindre le seuil des 17% d'économies. Certains de nos dirigeants sont même persuadés que cela est possible sans offshore.
Nous ne sommes pas opposés à tout le projet, mais celui-ci nécessite des aménagements :

  • IBM ne doivent plus être juge et partie, et doivent se retirer de l'appel d'offres des Centres de Service

  • L'offshore doit être exclus du dossier au profit d'un « nearshore » national (Centres de Services en Province).

  • Afin de conserver la maîtrise de notre SI, le choix des logiciels doit être libre : si IBM offre la meilleure solution, ils seront retenus, sinon, ce sera une solution concurrente qui sera retenue et ils devront revoir leur copie pour les projets suivants...

Nous espérons que vous aurez pris le temps de lire ce (long) mail jusqu'au bout, et vous invitons à revoir une partie du projet.

Dans un premier temps, peut-être pourrions-nous échanger quelques idées lors d'une bilatérale ?

Dans l'attente de votre réponse

Cordialement

Cortis
www.cortis.fr