Alors qu'un Conseil d'Administration exceptionnel s'est tenu la veille à
18h30, et que la Direction n'a pas su communiquer dans la foulée auprès de la
presse, mais aussi (et surtout) de ses employés, c'est La Tribune (article en
PJ) qui révèle l'affaire dans son édition du mardi 12 janvier. Cet article sera
rapidement repris par toute la presse, qui se contentera d'ailleurs de citer sa
source, sans chercher à vérifier vraiment les informations (car il y a
plusieurs erreurs dans l'article de La Tribune).
Qui a informé la Tribune ? On pense tout de suite à une source syndicale,
mais les imprécisions sur le fonctionnement de l'informatique à la SNCF font
plutôt penser que c'est IBM qui a lâché le morceau, car le titre est plutôt
élogieux pour eux.
La Direction de la SNCF se refuse à tout commentaire à la presse dans la
matinée. Michel Baudy, directeur de la DSIT envoie alors le mail suivant à ses
employés:
Chers collègues,
Depuis septembre 2009, dans les différents mails, audiences, réunions des
Délégués du Personnel et certains débats tenus lors des présentations de
projets d'entité, j'ai abordé le sujet d'une étude économique et juridique
visant à optimiser la mise en place des centres de services, côté
fournisseurs.
Le Conseil d'Administration de la SNCF a approuvé hier ce projet, après avis
du Comité Stratégique. Sa mise en œuvre commence dès maintenant, pour répondre
aux besoins des DSI. Le contenu de ce projet correspond à tout ce qui à déjà
été présenté. Je rappelle qu'il ne s'agit ni de filialisation d'activités de
l'entreprise, ni d'outsourcing.
Dans ce cadre, il est créé une co-entreprise (51% SNCF, 49% IBM), que je
présiderai, pour optimiser la majorité des contrats de centres de service avec
les SSII actuellement référencées par la SNCF, tout en répondant aux cahiers
des charges des DSI.
Des informations complémentaires vous seront communiquées par votre
management.
Pour DSIT, l'intérêt sera une meilleure performance (économique, qualité)
dans la mise en place de la sous-traitance par centres de services. Dans ce
domaine, les travaux lancés à DSIT depuis l'été se poursuivent comme prévu.
Bien cordialement
Michel Baudy
M. Baudy n'ayant pas toujours été clair avec les agents de la DSIT tout au
long du montage de ce dossier en 2009, personne n'est vraiment rassuré, ni ne
croit au message. On n'est pas dupe deux fois !
Pendant ce temps chez IBM, on en est plutôt à l'auto-congratulation (voir en
annxe le communiqué qu'IBM a adressé à ses collaborateurs). Ce n'est pas tous
les jours qu'on signe un contrat de 1,7 milliards d'euros sur six ans, et cela
permet de rattrapper un peu le retard pris sur les concurrents en 2009. Et tant
pis si la SNCF croit vraiment qu'elle en retirera 300 millions d'euros
d'économie...
Ce n'est que dans l'après-midi qu'un communiqué de presse officiel rédigé en
commun par IBM et la SNCF est adressé à la presse (voir les annexes). Il arrive
bien entendu un peu tard. Et la presse n'en reprend que les citations plates et
vides de sens des dirigeants ("Cette structure commune va bénéficier des
capacités d’industrialisation de l’ensemble des services d’IBM"). Du côté
des informaticiens SNCF, c'est la douche froide. Guillaume Pépy annonce que
"Notre objectif est d’améliorer l’efficacité du service offert à nos
clients voyageurs et chargeurs en nous appuyant sur les capacités d’innovation
d’IBM. La recherche de la qualité et de la performance est également au coeur
de cette décision stratégique", en clair : les informaticiens à la SNCF
sont des incompétents !