Aujourd'hui, les organisations syndicales ont adressé une lettre commune à Guillaume Pepy. En voici la teneur :
Monsieur le Président,
Les Fédérations CGT, UNSA, SUD‐Rail et
CFDT, réunies en Interfédérale le 23
Juin 2010, ont pris la
décision de vous envoyer ce courrier concernant un dossier qui occupe une
place significative dans le
paysage social : le projet ULYSSE.
Dans ce dossier, les cheminots des
DSI et des ASTI, ainsi que les
Fédérations, sont passées par
différentes phases fort déplaisantes.
La première étape, menée par M. BAUDY pourrait être qualifiée comme période
de non‐dits et même
de mensonges et d’enfumage. Le 16 Décembre 2009, il est dit en Commission
Economique du CE DT
que rien n’est prévu dans l’immédiat, alors que ce même jour, un Comité
Central d’Entreprise d’IBM
entérine la création d’une filiale de deuxième niveau SNCF B5 détenue à 49%
par IBM et à 51% par une
filiale du groupe baptisée NEWCO, avant
de devenir STELSIA. Le 11 Janvier
2010, c’est un Conseil
d’Administration exceptionnel de la SNCF qui acte cette décision. Cette
co‐entreprise serait une simple
structure minimaliste pour mieux gérer la sous‐traitance et réaliser
des économies pour l’EPIC et les
autres filiales du groupe.
Par la suite, M. BAUDY affirme
aux Organisations Syndicales qu’il n’y a
pas de contrat avec IBM, il
prétend aussi que cette alliance ne génèrera pas de délocalisation à
l’étranger pour la sous‐traitance.
Deuxième étape, la tentative de
démobilisation. Face au rapport de force
des informaticiens,
notamment l’action de grève du 1er Avril suivie par 83% des cheminots des
DSI et des ASTI, la Direction
s’est voulue rassurante, ré‐internalisation de charges et étude
sur l’emploi sont annoncées avec à la
clef, la formation de cheminots aux métiers de l’informatique. Toutefois,
M. AZEMA, interviewé dans
le journal d’entreprise, reconnaît qu’il y a une relation contractuelle de
6 ans et 2 mois avec IBM, qui
assure à cette firme une charge
de travail conséquente avec une garantie
de chiffre d’affaires de
l’ordre de 1,7 G€. Dans le même temps, la Direction avoue à demi‐mots qu’il
y aura du « Off Shore »
sur des plateformes de services installées à l’étranger.
Contrairement aux affirmations de M.
BAUDY, la Direction de la SNCF
précise qu’il y a une relation
entre ce contrat et le rachat de la logistique d’IBM financé par la SNCF
pour GEODIS.
Troisième étape, les voiles se lèvent.
M. ALBERTUS est nommé à la place
de M. BAUDY, qui dirige
STELSIA et la co‐entreprise devenue
NOVIASERV. Les choses changent, les 200
emplois qui devaient
être issus de la Nouvelle Dynamique Métier et des EME ne sont pas faciles à
réaliser, mais la Direction
n’envisage pas de recruter ou de permettre l’accès à l’examen de TAD INF à
de nombreux cheminots,
notamment aux agents SE et Télécom.
Plus de trente postes sont vacants
dans les ASTI, mais la
Direction annonce seulement 9 recrutements
d’ATT TS. De plus, lors de la
Table Ronde du 14 Juin
2010, acquise dans le cadre du rassemblement national du 26 Mai, le
Directeur de la DSIT refuse de s’inscrire dans une
discussion qui permettrait de remettre en
cause le projet pour ce qui
concerne
l’EPIC SNCF. Au contraire, il tente d’associer les Fédérations à
l’élaboration des grands projets auxquels
cette co‐entreprise pourrait être associée. Nous
découvrons que cette entreprise, qui ne devait pas
avoir d’autres prérogatives que de
passer des contrats de sous‐traitance, se
constitue comme une
véritable DSI externe, et les postes
de Directeur de la Production et de
Directeur Financier sont
attribués à des cadres dirigeants d’IBM. Sur ces bases, la Table Ronde du
14 Juin 2010 n’a pas pu aller à
son terme, et une autre rencontre a été programmée le 09
Juillet.
Monsieur le Président, depuis le début,
ce dossier est bien mal engagé dans
le cadre du dialogue
social, mais aussi avec les cheminots concernés. Le malaise est profond, et
cette situation est porteuse
de lourds risques psycho‐sociaux. Le sondage CSA réalisé par la Direction à
la DSIT met en évidence des
éléments qui ne peuvent pas vous laisser sans réaction. 95% des agents sont
contre le projet ULYSSE,
88% des agents ne font plus
confiance à leur Direction, 65% font
confiance aux Organisations
Syndicales, 72% d’entre eux sont
inquiets, car convaincus, comme la presse
spécialisée d’ailleurs,
qu’IBM a comme seule ambition de faire main basse sur notre système
d’information. Des élus de la
République sont très interrogatifs sur la stratégie de l’entreprise. Ils ne
comprennent pas que la SNCF
prenne des risques concernant la maîtrise d’œuvre et d’ouvrage de son
système informatique. Ils ne
comprennent pas non plus comment, dans
une période difficile pour l’emploi en
France, une
entreprise publique puisse envisager la délocalisation d’emploi de haute
technicité à l’étranger. Dans
son rapport établi pour le Ministère des Finances, l’Inspecteur Général des
Finances, chef de la mission
de Contrôle Economique et Financier des Transports, fait lui aussi de
nombreuses réserves concernant
la création de cette co‐entreprise avec IBM. La presse grand public a
publié de multiples articles sur
cette question, des parallèles ont été
faits avec l’attitude prédatrice d’IBM
lorsque cette firme s’est
associée avec d’autres grandes entreprises
telles que BNP Paribas, CMA CGM ou
la MAIF. Il est
maintenant connu de tous qu’IBM s’est
fixé comme objectif de prendre la
maîtrise des systèmes
informatiques des réseaux ferrés européens.
Les Fédérations CGT, UNSA, SUD‐Rail et
CFDT vous demandent d’intervenir pour que
la prochaine
Table Ronde qui doit se tenir
avant le 14 Juillet 2010 ait une
autre teneur. Si nous n’avons
aucune
légitimité pour discuter des relations entre les filiales du groupe et la
co‐entreprise NOVIASERV, nous
demandons à ce que les discussions
concernant le traitement des systèmes
informatiques de l’EPIC
SNCF s’établissent sur des bases ne prenant pas en compte cette
co‐entreprise.
Les Organisations Syndicales souhaitent pouvoir discuter sur une
ré‐internalisation massive de charge
de travail au sein de l’EPIC, sur une conception beaucoup plus large de nos
systèmes d’information et
de télécommunications, intégrant les agents
de ces services, sur des contrats de
sous‐traitance à
minima qui soient établis dans le cadre de l’attribution des marchés
publics avec des clauses sociales
favorisant le maintien de l’emploi sur le territoire
national.
Monsieur le Président, en espérant que votre intervention
puisse permettre de renouer un dialogue
social de qualité nous permettant
d’oublier les différentes étapes malheureuses
connues dans ce
dossier. Il est important que la Direction retrouve la confiance de son
personnel et des Organisations
Syndicales, il vous appartient donc d’intervenir en ce
sens.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le
Président, l’expression de nos salutations
les plus
respectueuses.